Abus de pouvoir: extraits

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Un livre de François Bayrou, édité chez Plon, 18 euro 90.

Pour l’acheter: http://www.amazon.fr/Abus-pouvoir-Bayrou-Fran%C3%A7ois/dp/2259208762

Bonne lecture…

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Introduction

« Ce qui bouge sous la pierre, est-ce lézard, est-ce serpent ?»

Le président de la République actuel a un plan. Il nous conduit là où la France a toujours refusé

d’aller. Il le fait sans mandat, sans avoir exposé son intention, au contraire. Il le fait contre la volonté

des Français, qui, pour beaucoup d’entre eux, éprouvent un sentiment de malaise, mais ont du mal à

comprendre la réalité du projet qui est méthodiquement suivi. Y voir clair, comprendre où on nous

mène, voilà l’urgence.

L’entreprise politique qui se mettait en place à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007 m’a très

tôt inspiré de la méfiance. J’en voyais les excès, la forte détermination, les moyens extraordinaires

qu’elle mobilisait. J’en distinguais les « valeurs », mot que j’utilisai pour dire où était mon désaccord

avec le candidat qui allait être élu, et pour qui je ne voterais pas au deuxième tour. Mais il m’a fallu

des mois pour conclure que les décisions que je combattais, les choix où l’on nous entraînait,

avaient leur place dans une stratégie d’ensemble. Et que c’était ce plan qu’il convenait d’abord de

déchiffrer, ce qui n’est jamais facile, et ensuite de combattre.

Sarkozy

Je sais bien que l’on me prête une antipathie fondamentale à l’égard de Nicolas Sarkozy. C’est inévitable, j’imagine, quand en politique on entre dans une confrontation de long terme et de grande conséquence. Mais autant qu’on puisse ne pas se tromper soi-même, j’affirme qu’aucun sentiment de

cet ordre ne m’a jamais habité à son égard. Je n’en ai jamais voulu à Nicolas Sarkozy, au sens d’un

homme en voulant personnellement à un autre homme. Je n’ai jamais eu de contentieux avec lui,

d’aucune nature. Même lorsqu’il lui est arrivé de me faire des mauvais coups [Et quelque chose me

dit que ce n’est pas fini…]. Même lorsqu’il a détourné les élus de ma famille politique pour les

satelliser autour de lui. Je peux concevoir que c’est, comme on dit, le « jeu », en tout cas ce que

certains considèrent comme le jeu. Et s’il existe une responsabilité, ce n’est pas à lui que je l’impute,

mais à la faiblesse des faibles. Nulle trace de rancoeur. En latin, il y a deux mots pour traduire «

ennemi ». Le premier, c’est inimicus, l’ennemi intime, personnel, qu’on ne peut pas voir en peinture,

qu’on rêverait de voir disparaître de la surface de la Terre. Le deuxième mot, c’est hostis, celui à qui

on fait la guerre, quand il y a une guerre, de cité à cité, Rome contre Carthage, Athènes contre

Sparte. J’accepte hostis. Mais rien d’inimicus. Rien de personnel. Ni en bien, ni en mal. Je compte

sur les doigts de la main les déjeuners non officiels que nous avons partagés en vingt ans, et je ne

me souviens pas d’avoir jamais dîné avec lui.

La rupture

« Rupture », donc. Visé, notre modèle français, si souvent moqué pendant la campagne électorale de

Nicolas Sarkozy. Modèle républicain, admirablement défini en trois adjectifs par le texte même de

la constitution : la République est démocratique, laïque et sociale.

Or, depuis que le nouveau pouvoir est installé, la République est de moins en moins démocratique,

puisque tous ses principes, contre-pouvoirs et séparation des pouvoirs, sont allègrement

abandonnés, sans la moindre précaution pour sauver même les apparences.

Elle est de moins en moins laïque puisque tous les discours officiels sur le sujet s’aventurent en

direction d’un mélange des genres, jusqu’à maintenant inimaginable en France, entre politique et

religion, État et Églises ou confessions.

Elle est de moins en moins sociale puisque les inégalités s’accroissent, et que les acteurs du jeu

social, syndicats et corps intermédiaires, sont écartés des vraies décisions et de surcroît moqués, en

tout cas lorsque le climat était au beau. « Maintenant, en France, disait-on pendant l’été, lorsqu’il y a

une grève, on ne s’en rend même plus compte … »

« Rupture » avec le modèle républicain, et adhésion à un autre modèle, celui qui depuis deux

décennies prétend dominer l’univers en imposant ses choix comme s’il s’agissait de lois intangibles.

Par commodité, pendant la campagne électorale, j’ai dit « modèle américain ». Bien entendu,

comme on le voit désormais avec éclat, les Américains sont victimes comme les autres humains de

cette déviation. Peut-être même découvrira-t-on qu’ils en ont été victimes plus que d’autres encore.

Le définir exige d’utiliser des mots compliqués, « néoconservateur », diront les uns, « néolibéral »,

affirmeront les autres. En vérité, il n’y a en tout cela de néo que les mots. Car il s’agit seulement du

plus vieux des renoncements de l’histoire : l’acceptation de l’exploitation du faible par le fort.

L’acceptation de la montée des inégalités, la concentration de la puissance, de toutes les puissances,

économiques, financières, politiques, médiatiques, entre les mains d’un groupe, petit par le nombre,

mais démesuré par l’influence, la manipulation subtile de l’opinion. Or, c’est bien contre ce

renoncement que nous avons construit notre pays, notre maison.

La France, c’était précisément le pays où, face au faible, le fort n’avait pas tous les droits. Il y a cent

cinquante ans que Lacordaire l’a dit mieux que moi : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le

pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit. » C’est

avec cela qu’ils veulent rompre et imposer le modèle inégalitaire.

L’idéologie argent

Au commencement, il y a leur culte de l’argent. Le veau d’or autour duquel ils ronronnent. Si fort et

depuis si longtemps, qu’ils ne s’en rendent même plus compte.

En octobre 2007, Nicolas Sarkozy fait Antoine Bernheim, un des grands parrains du monde des

affaires, grand-croix de la Légion d’honneur. À cette occasion, il reprend une idée qu’il a formulée

cent fois : cette nomination si rare, qui ne fut accordée qu’à soixante-quinze personnes, toutes

serviteurs de l’État, grande première donc pour un homme d’affaires, était un signe, un de plus, pour

que notre pays puisse « régler ses comptes vis-à-vis de l’argent, pour les régler vis-à-vis de la

réussite ». « Je veux réconcilier la France avec l’argent, parce que l’argent c’est la réussite », dit-il

habituellement.

Présence obsédante de l’argent dans la vision du monde de l’actuel président de la République.

Présence de l’argent pour lui-même. À ceux qui le visitent à l’Élysée, Nicolas Sarkozy a fait souvent

cette déclaration : «Tu sais, vous savez, je ne suis pas sûr de me représenter. J’ai d’autres choses à

faire dans la vie. Après, en tout cas, je ferai de l’argent : du gros argent. » Le gros argent. Je ne sais

pas ce qu’un psychanalyste dirait de cette formule…

« Tu es riche, tu as une belle maison, tu as fait fortune. Peut-être plus tard y parviendrai-je moimême…

C’est la France que j’aime », s’enthousiasme Nicolas Sarkozy en décorant Stéphane

Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde qui, en quelques mois, s’est enrichi de plusieurs

dizaines de millions d’euros dans l’opération Nexity.

Les médias sous influence

Un jour de septembre 2006 [Au journal de 20 heures de TF1, afin que nul n'en ignore...], j’ai décidé

de sortir du silence dans lequel vit, tout entière, la partie encore non soumise du monde politique et

médiatique. J’ai braqué le projecteur sur une réalité inédite de la vie démocratique française : la

constitution, au service d’un seul homme, d’un réseau médiatique puissant, associant dans son

intimité et son projet politique les plus importantes puissances de presse écrite et de l’audiovisuel.

Bien sûr, je m’attaquais à de lourds intérêts, à de grandes connivences. Tout le monde le sait : les

soumis, ou les complices, ou les parrains du réseau en vivent. Beaucoup d’autres, journalistes,

responsables de rédaction, le subissent, font le dos rond. Ils espèrent que les choses changeront.

Mais il faut bien vivre. Eux aussi ont des enfants à nourrir, une vie à porter, des années à passer

dans un métier de plus en plus difficile, où on fait de moins en moins de cadeaux, et où tout se tient.

Quand les journaux perdent de l’argent, quand les rédactions se vident de plans sociaux en plans

sociaux, il n’est pas aisé de résister. Pour entrer en guerre, il faut prendre de gros risques, et

l’héroïsme, au quotidien, c’est moins facile qu’on ne croit. On y risque de l’essentiel. À la vérité,

souvent, on arrive à l’héroïsme parce qu’on ne peut pas faire autrement. Cela vous tombe sur le coin

de la figure, comme une foudre. Mais on le choisit rarement de plein gré. Cela aussi fait partie de la

vie. Et il est vrai qu’il suffit d’une fatwa pour que vous vous retrouviez interdit de séjour dans toutes

les rédactions. Peut-être même pas parce qu’un interdit aura été explicitement édicté. Mais parce

que la peur règne partout. C’est déjà assez difficile, le métier de la presse aujourd’hui, et les relations

des rédactions avec les actionnaires, et la relation des actionnaires avec le pouvoir, sans aller encore

chercher des ennuis… Encore se signaler comme provocateurs. Car nous en sommes arrivés à un

temps où embaucher quelqu’un qui a été licencié pour avoir déplu au pouvoir sera forcément

ressenti comme une provocation. Pas seulement ressenti comme tel par le pouvoir. Mais par les

responsables des journaux eux-mêmes ! Par les responsables des rédactions eux-mêmes. C’est de

l’intérieur que ça vient. C’est dans la communauté qu’on vous ostracise, même sans ordre. Vous avez

été banni : vous portez la poisse, des risques d’ennuis. Et les plus brillantes carrières peuvent en être

coulées. Demandez à Genestar.

Il existe un autre chemin…

Lorsque le jour sera venu, la vague qui dira non aux dérives subies depuis des années devra se

renforcer d’une vague qui dit oui. Donnez-nous à espérer, disent les citoyens qui n’aperçoivent

aucune issue. Or l’issue existe. Elle n’est même pas difficile à trouver. Il suffit d’en formuler les

grands axes pour qu’elle s’établisse, se charpente, et entraîne l’adhésion.

Cela sera dit en peu de pages. Parce qu’il y a peu de choix à faire. Depuis des années, les

gouvernements interviennent trop. Trop de lois, trop mal écrites, trop de décrets, circulaires,

règlements, annonces, plans, mesures.

Le premier choix à faire est celui-là : la force d’un pays est-elle dans son État, dans ses politiques,

dans ses gouvernants, ou bien dans la société qui le forme ? Notre réponse est celle-ci : la force d’un

pays est dans sa société. La mission de l’État est donc de donner confiance à la société, aux familles,

à la démocratie locale, aux entreprises, aux associations.

Au lieu de l’État toujours mis en scène, s’exposant sous les projecteurs, j’affirme la nécessité d’un

État sobre. Il faut donc des règles stables et peu nombreuses, indiscutables du point de vue de la

justice, qui laissent vivre la société et non pas qui l’empêchent de vivre. Il faut des principes

fondateurs, respectés dans la longue durée, de manière que la société puisse peu à peu former les

cadres de son action, s’adapter, se rénover, inventer, comme l’oiseau fait son nid, son nid à lui, sous

la poutre, s’adaptant à la forme du bois. L’Etat, c’est la poutre, mais c’est l’oiseau qui fait le nid. Au

lieu de l’État qui s’occupe de tout, je demande des décisions qui font charpente. Pour le reste, cessez

d’empêcher les gens de vivre, de créer, de faire marcher leur maison : ils savent le faire mieux que

vous. Arrêtez de vous mêler de tout, à temps et à contretemps, simplement parce qu’un sondage de

plus est venu alarmer la meute fiévreuse des conseillers et des attachés de presse.

Le premier des principes à reconquérir est la séparation des pouvoirs. Pour empêcher à

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